


Mon ami d'espeyrance
Château d'Espeyran
Ecrite par delà les époques, en réponse au Vicomte Louis de Dax un habitué du château d’Espeyran aux alentours de 1850, la lettre dévoile le curieux protocole qu'une résidente actuelle des lieux déploie afin de s'ouvrir à une amitié hématophage entre l’homme et le mal-aimé moustique.
Ce nouveau texte fait suite à ma résidence effectuée entre juillet et septembre 2025 sur l'invitation du directeur du Château d’Espeyran - centre national du microfilm et de la numérisation (Ministère de la Culture).
Cet endroit merveilleux a développé et signé en 2023 une charte O.R.E (Obligation Réelle Environnementale) qui engage l'institution culturelle à prendre en compte le vivant dans chacune de ses actions sur les 50 prochaines années : sous l'impulsion de cette décision, le parc de 13 hectares du domaine, issu de la tradition du jardin à l’anglaise, mute doucement vers une forme d’ensauvagement où les moustiques deviennent des hôtes à part entière.
Comment aimer ou du moins cohabiter le moustique ?
C’est la question que je me pose lorsque j’arpente jours et nuits le parc de 13 hectares du château.
Il existe une pièce sonore (création musicale du compositeur et musicien Hugues Desbrousses)
de Mon ami d'espeyran, mis en espace dans une installation sonore.


Carte sensible du château d'Espeyran.

"(....)
Ne m’en veuillez pas, cher ami, si je n’explicite pas ce tout qui vous effraierait ; comme il m’effraie chaque matin lorsque j’ouvre les yeux sur notre monde. Je préfère vous délivrer, ici dans cette lettre, ce qui me porte avec une allégresse salvatrice lorsque je suis au château : ces pensées plus intimes, ces gestes plus aimants qui s’imposent comme une résistance face à ce malgré tout.
Le réel, c’est quand on nous pique.
Voilà ce que je me dis souvent, ici, en déformant les mots célèbres d’une connaissance du passé. Voilà ce que je médite et ce que mon corps expérimente, lorsque je parcours les espaces de plus en plus ensauvagés du parc, le soir, au crépuscule.
Quand mes compagnons de route s’abritent, moi j’arpente les hautes herbes, à la recherche des piqûres du réel. Et je me plais à philosopher à coup d’inflammations et de boutons qui grattent.
Extrait de la lettre-fiction*5 Mon ami d'espeyrance, éditée aux Murmurations (Paris), 2026

Installation sonore de "Mon ami d'espeyrance", festival ACTE art&biodoversité, juin 2026